GVO

samedi 31 octobre 2009

A MS 2



Bonjour,

Comment vas –tu ce matin ? J’espère que tes tortionnaires t’ont laisse dormir un peu, qu’ils ne t’ont pas submergé de leurs questions stupides, d’insultes et d’eau glacée ! Je peux imaginer la situation et les scènes en reconstituant ce que tu m’as déjà raconté a propos de la torture, ce que j’ai vu dans les films, et puis ce que j’ai pu imaginer suite a mes différentes lectures-les images décrites dans un livre qui s’appelle la doctrine du choc passent et repassent dans ma tête ; c’est un livre qui faisait partie du programme du cours de sociologie que j’ai suivi a Boston , un cours a propos de la mondialisation. C’est un livre écrit par la journaliste de NYT : Naomi Klein, un chapitre en particulier me hante ces jours ci : Le Laboratoire de la Torture. Elle y décrit certaines techniques de torture et de lavage de cerveau a travers de l’histoire d’une femme qui a subit tout cela dans le cadre d’une expérience pour le compte de la CIA.

Je n’ai pas pu dormir plus de 3 heures hier soir .A mon réveil j’ai consulté mes e-mails et mon Facebook dans l’espoir de trouver des nouvelles. Le groupe qu’on a crée pour toi a dépassé les 300 membres en moins de 24 heures. « Il y’a trop de gens qui t’aiment » comme le chante Helene Segara .

Je suis dans le train maintenant je suis partie de bonne heure a l’université pour y déposer à photocopier mes cours de la semaine prochaine. Ce matin, Tunis était sombre : le ciel gris, du crachin, des gens pressés sous leurs parapluies. Je me suis arrêtée à plusieurs reprises, à des endroits qu’on connait et qui ne connaissent. Je ne sais plus si je dois aimer cette Avenue ou si je dois la détester, elle qui me rappelle tant de souvenirs.

Tu sais a l’aube j’ai eu droit a une leçon de morale de mon papa, il estime que je suis entrain de me torturer et de négliger ma santé .Il a quelque part raison mais bon …

Ah, j’ai oublie de te dire ce matin a la portière de l’universite une bonne dame m’a demandée de lui faire entrer son sac a main a l’universite .Pendant 30 secondes, plusieurs scenarios passèrent par ma tête : une bombe, un manifeste interdit, de la drogue …

En tout cas quand j’ai fini ma mission la bonne dame m’a expliquée qu’elle était en retard, que sa collègue a fait le pointage pour elle et qu’elle ne voulait pas qu’on s’aperçoive de tout cela. Et tu me parles de révolution ! En tout cas je me suis retrouvée complice dans ce crime non intentionnellement.

Ce matin, j’ai oublie le carnet que j’ai réservé a mes textes donc je suis entrain de t’écrire dans la dernière page vide de mon bouquin que je lis en ce moment : Baghdad Burning . J’ai déjà écrit un post a propos de ce livre dans mon blog mais un jour j’ai du supprimé tout le blog pour des raisons techniques et éthiques. Je vais réécrire ce post des que je finisse cette seconde lecture.

Je te laisse maintenant, je me remets a ma lecture (les gens me dévisagent pour la simple raison que j’écris et que je lis dans le train je dois être une folle pour eux )et puis j’ai tout dit pour maintenant .Fais attention a toi (je sais que tu n’aimes pas cette expression moi non plus d’ailleurs mais c’est plus fort que moi il faut que je te demande de prendre soin de toi).Je sais que tu es fort et solide et que tu vas résister, je sais bien que je vais te voir rayonnant et plus fort que jamais .

Bisous.

NB : Quand je suis descendue du train j’ai acheté un carton blanc gris, je vais réaliser un truc pour toi .Et puis j’ai acheté des brownies .A mon retour des USA je fus heureuse de voir qu’ils ont commence a vendre des brownies, du Frozen Yoghurt , et des Sushis . Mais bon, les Brownies n’avaient pas de gout, comme toujours on vend des produits de qualité les premiers jours, puis la qualité se dégrade.


vendredi 30 octobre 2009

A MS

Je suis a l’Univers (c’est la que nous nous sommes vus pour la dernière fois), il est 18 heures je pense. Je suis la par le corps ailleurs par les pensées. Apres quinze minutes je me suis rendue compte que j’étais a la même table ou nous étions la mercredi dernier ! Est ce le hasard ? Je ne le sais vraiment pas. J’ai vérifié, il y ‘avait plein de tables vides.

Est-ce que tu es entre les mains de tes tortionnaires ? Comment te traitent-ils ? (une question stupide je le sais tu m’en a déjà beaucoup parlée).Est-ce que tu as perdu du poids ? Et tes beaux yeux ? (Tu te rappelles lorsque je t’ai dit que tes yeux sont beaux ? Tu m’as répondu d’un air confiant ; Tu n’es pas la première a me le dire, je sais qu’ils sont beaux).J’espère qu’ils n’ont pas perdu de leur lueur et que tu gardes ton air défiant de toujours. Et ton sourire ? Ne leur laisse surtout pas l’opportunité de te le voler.

Ne t’inquiète pas tu n’as rien raté ces jours-ci. Tout est dégoûtant comme toujours. D’ailleurs, je t’envie puisque tu as échappé au dernier chapitre de la mascarade. Le bon monsieur, est venu nous menacer .Tu sais son discours m’a rappelée « Al hajjej Ibn Youssef » et son fameux :إنّي أرى رؤوسا قد أينعت و قد حان قطافها

D’ailleurs une série d’arrestations et d’attaques physiques a commencé contre plusieurs journalistes et militants. Zouhair a été arrêté bien avant toi (Je ne sais pas si tu es au courant de cela ou pas car on n’a pas trop parlé la dernière fois), Taoufik aussi, puis on a tabassé Slim, et la liste sera longue je pense ...

Comme il a voulu nous le faire comprendre !

Tiens tu te rappelles le fou qui est passé a cote de nous a l’Avenue au niveau de librairie Al Kitab , tout en chantant et disant n’importe quoi , il vient de passer la tout en étant dans la même situation .Ce jour la tu m’as dit comme je voudrais être a sa place pour pouvoir crier autant que je le veux en disant ce que je veux .

Tu sais je me sens si coupable .Je sais que j’étais vraiment chiante mercredi dernier quand nous étions assis a cette même table. Puis le chocolat que tu m’as tendu et le policier qui nous a dit bonjour, c’étaient des signes que je n’ai pas su déchiffrer. Pardonne-moi mon égoïsme de ce jour la.

Tiens je vois de belles filles en petites robes, les cheveux en l’air qui passent .Les intégristes ont un long chemin à parcourir avant d’atteindre leurs objectifs .Dieu merci !

J’ai dit a Amel que tu as disparu .Elle est si triste elle aussi .Tu te rappelles la soirée chez elle sur la terrasse. Nous étions deux et la lune ! Et notre nuit de folie, chez nous après son concert ?

Je n’oublierai jamais le soir ou tu étais dans l’ambulance .Je t’ai dit que je voulais te voir en juin a mon retour de Boston. Tu m’as dit que je trouverai un corps inerte, un cadavre ! Je me rappelle que j’ai souri malgré la gravité de la situation. Un sentiment intérieur m’as dit que je te verrai sain et sauf !

Et voila nous nous sommes vus, nous sommes devenus des amis, nous avons assisté a des concerts ensemble, nous avons mangée sur la même table. Puis notre relation a pris un autre tournant.

Mais je te confie un truc .Je t’ai souvent vu comme mon petit enfant que je devais protéger et c’est peut être pour cela que je me sens coupable car je n’ai pas su te protéger .Je sais que beaucoup diront que je suis folle en lisant cela mais c’est ce que je ressens. Parfois tu a été un enfant doux et gentil mais la plupart du temps tu a été un enfant rebelle.

Mon enfant, mon camarade, mon ami, mon ….désolée d’avoir été parfois chiante, parfois froide. Je regrette de ne pas t’avoir pris dans mes bras quand tu en avais besoin.

Machmoum te salue !

Je finirai mon café et je passerai m’ asseoir un peu devant le théâtre municipal comme on le faisait ensemble !

La nuit a couvert la ville avec son rideau noir .Dis, est ce qu’ils te gardent toujours dans un endroit obscur?Emel dit dans sa chanson : Je crois en toi comme le soleil qui se faufile a travers les barreaux de ma prison . Est-ce que le soleil réussit a se faufiler a travers les barreaux de ta cellule ?

jeudi 29 octobre 2009

Je sombre dans l'ombre

Deux nuits d'insomnie , deux nuits de douleurs , deux nuits de tristesse , de fatigue , d'hallucinations , de cauchemars alors que mes yeux étaient ouverts.Deux nuits d'alcool , alcool, alcool , substance qui d'habitude m'aide a fermer les yeux mais qui cette fois s'est abstenue de le faire !

Deux nuits horribles a cause d'une série noire d'évènements plus horribles les uns que les autres !

Haine, inégalité, élections a la tunisienne , trahison , accident, kidnapping, prison, disparition, mensonge , images de torture, images de la main coupée d'un enfant de 15 ans injustice, encore les images de la torture d'un ami, main coupée d'un gamin, sang , veines coupées, matraques , bouteilles, chaises, ongles arrachés, trahison encore, traîtrise, tromperie, larmes, douleur , cris, gémissements, cris , enfer , douleur , puis douleur atroce, brulures , mégots de cigarettes, souffrance, tiraillement, ....

Le cocktail idéal pour conduire quelqu'un a la dépression.

Je bois , je pleure, je tape sur mon clavier , je pleure , j'imagine , je bois une autre gorgée, je tape quelques mots , fièvre, les lettres dansent sur mon écran, je pleure , les lettres, les mots sont flous , une autre gorgée, puis une autre , les images , le sang , l'enfant sans main, l'ami accroupi recevant les coups de matraque , l'odeur de chair humaine brulée, odeur de sang , images , images , odeurs , sons bizarres , ........................Je

sombre !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!



Free Mohamed



lundi 26 octobre 2009

Notes de lecture: Wounding Words


Lors de mon séjour Bostonien, on m’a invitée pour participer à une conférence ayant pour thème la crise et on m’a demandée de préparer un papier sur le sujet. J’ai décide que mon papier portera sur le thème de la crise identitaire de la femme tunisienne. Et j’ai commencé à faire mes recherches et a lire. J ‘ai demandé a mon père de me chercher des documents sur le sujet et j’ai consulté le catalogue de la bibliothèque Tisch de l’université de Tufts ou j’enseignais et a ma grande surprise j’ai trouvé des dizaines de titres évoquant la situation de la femme Tunisienne.

Parmi les livres qui ont attirée mon attention, il y’avait une nouvelle intitulée Wounding Words : a Woman ‘s Journal in Tunisia( Mots blessants : le journal d une femme en Tunisie).Le livre est la troisième nouvelle de l’auteure libanaise Evelyne Accad . La nouvelle est quelque part autobiographique, décrivant l’exil de l’auteure en Tunisie .Certes, le livre a un ton personnel traçant le voyage sentimental de la protagoniste principale en Tunisie, mais il décrit aussi le climat politique et la situation de la femme tunisienne pendant les années 80.Hayett une universitaire libanaise attachée a une universite Américaine se retrouve en Tunisie ; dans les cercles féministes de Tunis. Rapidement, elle se voit marginalisée : A chaque fois elle se heurte a un mur de mots blessants vu que les femmes tunisiennes appartenant a un mouvement féministe émergeant n’acceptaient pas sa liaison aux Etats Unis d’Amérique.

Moi ce qui m’a intéressée le plus c’est la description des relations hommes –femmes dans le livre. En effet, comme je l’ai déjà dit l’histoire évolue dans un cercle féministe, libre, et cultivé mais ce qui est surprenant c est la relation entre les protagonistes de la nouvelle et leurs conjoints, compagnons, maris ??

Elle décrit la schizophrénie apparente dans les comportements de ces hommes qui d’une part appellent a l’émancipation des femmes et a l’égalité entre les deux sexes et d’autre part traitent leurs campagnes d’une manière pitoyable. Elle parle d’une gauche qui prétend adopter les principes de la liberté et se comporte autrement.

Ce thème du livre m’a attirée le plus car partant de mon expérience personnelle cette situation existe encore. Vu que je côtoie les milieux de la gauche tunisienne j’ai pu constater la disparité entre les principes annoncés des hommes de ces cercles et leurs comportements réels dans la vie quotidienne : j’ai entendu parler de femmes battues par leurs compagnons « militants pour les droits de l’homme », j’ai vu des hommes qui après avoir partagé quelques bières avec une femme et des que celle-ci tournait le dos n’hésitaient pas a la traiter de pute. J’ai moi-même vécu une histoire ou deux ou le mec qui prétendait être ouvert d’esprit, cultivé et militant pour les droits des femmes n’hésitait pas à critiquer mes piercings, mes habits ou essayait de restreindre mes relations amicales avec d’autres hommes. J’ai vu des pères qui bien qu’ils étaient libres d’esprit et croyaient en la liberté des femmes ne pouvaient plus se contrôler quand il s’agissait de leurs propres filles.

Je sais que certains vont penser que je déconne en parlant de cela aujourd’hui alors que toute la Tunisie est concentrée sur ses élections, pardon sur sa mascarade. Mais moi je dirai que les résultats des élections on les connait tous et qu’il faut se pencher sur d’autres sujets aussi/plus importants. Il faut penser à avancer et à essayer de construire une société consciente et cultivée et cela ne se passera que par le biais des femmes, qui représentent plus de la moitie de la Tunisie et qui représentent une force de travail inégalée. L’égalité entre les sexes et l’émancipation des femmes sont les solutions or ce qu’on voit maintenant est un retour vers l’obscurantisme et l’ignorance. Quelques sujets traités par EL Hadded il y’a plus de 70 ans refont surface aujourd’hui comme le voile (on ne doit pas oublier les efforts des femmes comme Manoubia Wertani et Habiba Menchari) et la polygamie, d’autres n’ ont pas été étudiés sérieusement depuis le temps comme le sujet de l’égalité de l’héritage. Atteindre l’égalité entre les deux sexes est un devoir commun entre les hommes et les femmes et on n’y arrivera qu’à travers le changement des mentalités et leur évolution.